Ma liste de voeux

6 janvier 2020

 

 

Je n’ai jamais établi de liste de vœux. Pourtant, chaque année sur les douze coups de minuit, je le regrette. J’aimerais comparer ce que j’espérais un an auparavant avec ce que je souhaite aujourd’hui. Alors, cette année, je succombe à cette tradition, du moins pour ce qui ne concerne pas ma sphère privée, et en excluant les rêves les plus extravagants comme la paix sur terre, la fin des racismes et des sectarismes, le triomphe du réalisme sur les idéologies, etc. Voici donc mes dix vœux, présentés sans aucun ordre particulier.

 

Mon premier vœu est que Trump quitte la Maison Blance. Pas besoin d’expliquer ce vœu. Toutes les personnes que je connais placeraient sûrement ce vœu dans le haut de leurs listes. Ils pourraient aussi souhaiter de voir partir Erdogan, Duterte, Kaczynski, Orban, Bolsonaro, Xi et tous les copains de Trump.

 

Ensuite, ce serait formidable si Boris John pouvait aboutir au plus soft de soft Brexits. J’ai toujours admiré la Grande-Bretagne, son peuple, ses institutions, ses contributions aux arts et à la science. La Grande-Bretagne n’a pas été très active au sein de l’EU, mais elle est presque toujours intervenue lorsque les Français et les Allemands se laissaient aller à déraper. L’Europe a autant besoin de la Grande-Bretagne que la Grande-Bretagne a besoin de l’Europe.

 

Les cours des actions sont probablement trop élevés. S’ils doivent redescendre à des niveaux plus stables, je souhaite que ça arrive bientôt et de manière suffisamment graduelle pour éviter une nouvelle crise. Si ce doit être saignant, je souhaite que les banques soient épargnées, car l’impact des crises bancaires est souvent violent et durable. Je suis moins inquiet du sort des autres investisseurs ; ils font des paris et ils ont eu la chance de les gagner un peu trop souvent ces derniers temps.

 

Mon quatrième vœu concerne le réchauffement climatique. En 2019, cette question a enfin percé au sommet des préoccupations de chacun. Il aurait été préférable que cela se soit passé dans les années 1970, quand les scientifiques essayaient vainement d’alerter les opinions publiques, mais Greta Thunberg n’était pas née. Admettre leurs avertissements n’aurait pas seulement évité les désastres que nous observons aujourd’hui, c’aurait aussi été un hommage à la sagesse humaine. Admettre aujourd’hui ces avertissements est devenu incontournable pour ceux qui regardent par la fenêtre, même s’il se trouve encore des gens – comme mon héros en méchanceté, Trump – qui continuent à nier le réchauffement climatique. Le problème est que les bonnes intentions ne garantissent pas l’adoption de bonnes politiques. Greta et la plupart des écologistes jouent sur nos émotions. Ces émotions justifient quantité de propositions malsaines comme le refus de prendre l’avion, la fermeture des centrales nucléaires et, plus généralement, la confection de listes d’interdiction et de subventions de tout ce qui se déclare vert. Ces listes sont arbitraires et souvent inutiles. La solution, simple et efficace, est une taxe carbone complète, c’est-à-dire accompagnée de subventions pour les ménages peu fortunés. Pourtant, cette solution est exclue de la plupart des réflexions. Mon vœu est donc qu’une taxe carbone avec des ajustements aux frontières, se répande d’un pays à l’autre.

 

Les progrès de la recherche médicale sont impressionnants. Je n’arrive pas à tout comprendre de ces résultats, ni de leur potentiel curatif. Mon cinquième vœu est que ces progrès permettent le traitement de maladies aujourd’hui incurables.

 

Mon sixième vœu concerne encore la médecine, pas les découvertes en cours, mais la pleine utilisation de découvertes anciennes. Il concerne les vaccins, qui sont rejetés par des gens ignorants. Non seulement ces gens se font du mal, à eux et à leurs enfants, mais ils font du mal à tous ceux qu’ils infectent. Comment est-il possible que des gens meurent de la rougeole dans les îles Samoa alors qu’un vaccin existe depuis plus d’un demi-siècle ? Je souhaite que les opposants aux vaccins reconnaissent leur erreur.

 

Les vaccins ne sont pas le seul domaine où sévit l’obscurantisme. La tradition des Canuts, l’opposition au progrès technique, reste vivace dans de nombreux domaines. Je suis toujours sidéré de constater que l’on enseigne aux enfants les résultats des progrès scientifiques, qui ont permis un décollage extraordinaire des niveaux de vie partout ou presque dans le monde, pour qu’une fois adultes ils répètent les mêmes erreurs que leurs ancêtres, véhiculant des idées fausses transmises de génération en génération. Mon septième vœu est que les héritiers spirituels des Canuts perdent toutes leurs luttes, mais soient honnêtement compensés.

 

Mon huitième vœu concerne la toile (web). Elle a changé beaucoup de chose, et ses applications sont très majoritairement positives. Mais elle est aussi utilisé pour de noirs desseins, tels que la propagation de théories de la conspiration ou la manipulation des débats politiques et même des élections par des groupes étrangers, privés ou d’États. Comme tous les domaines de discussion publics, la toile doit être réglementée, un thème que j’ai récemment développé. Pour l’instant, les gouvernements se tiennent en retrait et préfèrent s’en remettre à des sociétés privées comme Facebook ou Twitter. Je formule le vœu que 2020 soit l’année où la toile a commencé à être sérieusement réglementée.

 

Depuis la crise financière, l’économie est devenue plus concentrée, dominée par moins entreprises, de plus en plus grandes. C’est le cas dans le monde de la finance, et c’est aussi le cas aux États-Unis comme le montre Thomas Philippon dans son récent livre (The Great Reversal, Harvard University Press, 2019). La concentration accroît les inégalités, pénalise les consommateurs et ralentit les innovations. Les responsables des politiques de la concurrence semblent soit être en retard sur les grandes entreprises, soit peu intéressées à faire leur travail, comme c’est le cas de l’administration Trump. Mon neuvième vœu est que la Commission Européenne, qui dispose de vastes pouvoirs dans ce domaine, et dont l’impact dépasse les frontières de l’UE, accentue la vigueur de ses interventions.

 

Enfin, mon dixième vœu concerne la France. L’année 2020 commence avec la poursuite des grèves, surtout dans les transports, contre la réforme des retraites. On ne le dira jamais assez, ces réformes visent à éliminer les privilèges exorbitants des employés du secteur public. Depuis son élection, Macron est en train de transformer la France en s’attaquant aux innombrables vestiges du passé qui, quelles que soient les intentions initiales, sont devenus des causes d’iniquités et plombent la prospérité. Les progrès accomplis sont souvent minimisés mais considérables. Je formule le vœu qu’il parviendra à confronter avec succès tous les groupes de pression qui ne cherchent qu’à maintenir leurs rentes.

 

Évidemment, ce ne sont là que des vœux, pas des prévisions, et je pourrais peut-être, un jour, regretter ce que j’ai souhaité. En attendant, je vous présente mes meilleurs vœux. Puisse vos propres vœux se réaliser (sauf s’ils sont contraires aux miens) !